Le pastoralisme dans les Alpes Maritimes


Le pastoralisme, une activité respectueuse des équilibres naturels

Un système d’élevage à dominante pastorale, optimisant les ressources naturelles disponibles ...


De part la double influence alpine et méditerranéenne, le département des Alpes Maritimes a la particularité de renfermer des milieux naturels variés, qui sur le plan pastoral, constituent un potentiel de ressources fourragères naturelles important et diversifié.

La grande majorité des systèmes d’élevage ovin, viande et laitier, du département sont dits extensifs. Ce sont des grands consommateurs d’espace, utilisant au maximum la complémentarité de ces ressources naturelles disponibles, par le biais du pâturage. Le climat favorable aidant, les troupeaux peuvent pâturer 8 à 12 mois de l’année.

La conduite des troupeaux sur les parcours d’intersaison, situés en moyenne montagne, et sur les estives des étages subalpin et alpin, vise à ajuster au mieux l’offre alimentaire aux besoins des animaux. Ceci au moyen d’une gestion pastorale appropriée, afin de remplir les objectifs de production recherchés par les éleveurs.

Outre le fait que le pastoralisme rend les exploitations plus économes en moyens, il présente également d’autres avantages : il entretient les paysages, maintien les écosystèmes ouverts et permet de lutter contre les incendies par le débroussaillement animal. Il a un fort intérêt écologique et économique.

Des races ovines rustiques et typées


La plupart des brebis élevées dans les Alpes Maritimes ressemblent au pays dans lequel elles vivent : elles sont rustiques et typées.

 

Les races à viande


LA MOUREROUS

Certains la disent originaire d’Afrique du Nord, d’autres localisent son berceau dans les Alpes Maritimes, d’où son deuxième nom de « Rouge de Péone », du nom d’un joli village perché du Mercantour.

Il s’agit d’une brebis élancée de format moyen (50 à 60 kg) reconnaissable à sa tête et ses pattes rousses. C´est une race adaptée aux milieux secs et froids, avec une bonne aptitude à la marche pour l´alpage et le pâturage sur des parcours. Des actions mises en place à partir de 1977 et la création en 1983 par les éleveurs d’un syndicat ont permis sauvegarder cette race patrimoniale qui a même depuis essaimé dans toute la région PACA.


 

LA PREALPES DU SUD

 

D’origine peu connue, on peut dire que le berceau de cette race est les contreforts alpins du Sud. Il s’agit d’une brebis de format moyen (55 à 70 kg), résistant bien à la chaleur, et capable de manger des fourrages grossiers, ce qui en fait une brebis idéale pour les parcours de garrigues et de maquis méditerranéens. Sa rusticité lui permet de monter en alpage sans problèmes. Elle dispose d’une bonne conformation bouchère, même en race pure, ce qui explique sa présence importante dans les élevages du Sud Est. 


 

LA MERINOS D'ARLES 

 

Née d’un croisement de Mérinos espagnols (importés au 18ème siècle par Daubenton) et de races locales à laine fine du pays d’Arles, il s’agit d’une brebis de format moyen (60 kg) pouvant posséder de belles cornes striées et enroulées. Très bonne marcheuse, dotée d’une grande rusticité et capable de valoriser tous types de fourrages de quantité variable dans le temps, c’est la brebis d’élection des transhumants. Son côté grégaire permet d’ailleurs la constitution de gros troupeaux.

 

Une race laitière endémique


 LA BRIGASQUE

 

Originaire des Alpes Maritimes (vallée de la Roya) et du Piémont Italien (Roaschia, Fabrosa), cette grande brebis mouchetée au chanfrein busqué a un caractère affirmé. Rustique et bonne marcheuse, elle transhumait autrefois du bord de mer aux alpages du Mercantour.

Sa faible conformation bouchère, ainsi que le déclin de la main d’œuvre familiale, l’ont quasiment fait disparaître, mais des éleveurs déterminés l’ont conservée avec essentiellement une orientation laitière (tomme de La Brigue). Suite à un nouvel engouement pour la race lié à son caractère patrimonial, sa rusticité, sa production laitière de qualité et la mise en place d’une filière laine, une association de promotion s’est constituée fin 2012, donnant de l’espoir pour l’avenir.

Il existe dans les Alpes Maritimes quelques éleveurs de brebis laitières qui assurent la transformation du lait en fromages fermiers. C’est le cas de la race Brigasque présente en faible effectif, principalement dans la vallée de la Roya. Cette race est menacée de disparition. Une association de promotion de la race s’est constituée en octobre 2012. Les agnelles de renouvellement sont très demandées et une filière de valorisation de la laine a apporté un regard nouveau sur cette race.

 

Les systèmes d’élevage dans les Alpes Maritimes


Trois grands systèmes d’élevages cohabitent dans les Alpes Maritimes.

(source CERPAM)

Le système préalpin (Préalpes de Grasse)

La production de fourrage sur l’exploitation est importante mais pas suffisante pour satisfaire les besoins annuels du troupeau. Le troupeau, qui compte 300 à 800 brebis, passe l’hiver en bergerie (4 à 5 mois) et utilise au printemps et à l’automne des prairies et (pour le lot de brebis à l’entretien) des parcours de proximité dit de « demi saison ». L’été le troupeau utilise le plus souvent des estives locales (montagnes sèches préalpines) mais peut aussi transhumer en alpage. Dans ce système des évolutions sont en cours, grâce à la clôture, vers une grande utilisation de parcours en automne, en hiver lors des périodes sans neige et au printemps.

 

Conduite du troupeau en système préalpin :

Le système montagnard (Haute Tinée, Haut-Var)

Le troupeau est contraint de passer l’hiver en bergerie (5 à 6 mois), ce qui nécessite la constitution de stocks de fourrages importants. Les parcours de demi-saison et les prairies sont utilisés en automne et au printemps. L’estive se fait sur l’alpage local en regroupant les troupeaux. Certains de ces éleveurs sont intéressés par la transhumance hivernale afin de réduire les coûts d’hivernage (foin, bâtiment).

 

Conduite du troupeau en système montagnard :

Le système méditerranéeen-montagnard (vallées de la Roya et de la Vésubie et la moyenne Tinée)

Les dénivellations très importantes des vallées humides (Roya, Vésubie et Moyenne Tinée), le relief très escarpé, le climat chaud et la régression de l’élevage bovin laitier, ont fait émerger des systèmes ovins originaux : très peu de surfaces fourragères disponibles pour la production de foin (relief escarpé et morcellement du foncier). Pâturage d’hiver, d’automne et de printemps sur des parcours d’inter-saison. Estive locale sur des alpages de proximité, souvent sur la même commune. Ces élevages qui combinent des caractéristiques des autres systèmes de la région peuvent avoir des effectifs très variables.

Un agnelage de rattrapage peut-être effectué en octobre suivant les années.

 

Conduite du troupeau en système méditérrannéen-montagnard :

Transhumances dans les Alpes Maritimes



 

Les exploitations ovines sont environ 160 dans le département pour un cheptel d’environ 60 000 têtes. Ce nombre de bêtes atteint les 120 000 avec l’arrivée des transhumants du Var et des Bouches du Rhône.

 

Les élevages transhumants vont chercher la ressource fourragère où elle se trouve c’est à dire l’été dans les estives au dessus de 1500 m et l’hiver dans les zones préalpines ou de plaines. Il existe deux types de transhumances dans les Alpes Maritimes :

          - la transhumance intra-départementale qui se fait essentiellement de la zone côtière ou du moyen pays vers les alpages et,

          - la transhumance inter-départementale ou transfrontalière depuis les départements du Var, des Bouches du Rhône et du Vaucluse vers les alpages de haute altitude essentiellement dans le Haut-Var et la Haute-Tinée, et La Roya pour les transhumances provenant de l’Italie.

 

Ces transhumances traditionnellement faites à pied sont de plus en plus remplacées par le déplacement en camion qui est mieux adapté aux conditions contemporaines de circulation. Elles subsistent tout de même dans le département. Depuis le Var de nombreux troupeaux transhument encore à pied. Une des vallées encore fréquentée par les troupeaux transhumants est la vallée de la Daluis.

La prédation


Le contexte des Alpes Maritimes et l'impact de la prédation sur les systèmes d'élevage


20 ans après le retour du loup dans le département, la pression de prédation ne cesse de croître. L'année 2012 a été particulièrement meurtrière pour les troupeaux, accusant une augmentation d'environ % des attaques par rapport à l'année 2011.

En 2012, le prédateur est responsable de 762 attaques, représentant 2414 victimes pour le seul département, soit environ 42% du total national !

 

Le désarroi des éleveurs est d'autant plus grand face à l'ampleur de la prédation, qu'elle met le doigt sur les limites des moyens de protection mis en place par la quasi-totalité des éleveurs pâturant en zone de présence du loup (gardiennage renforcé, chiens de protection, parc de nuit ou de pâturage électrifié).

Ce boulversement est sans compter le stress engendré et la modification des pratiques d'élevage que celà implique : présence accrue auprès des troupeaux, fatigue nerveuse, abandon de certaines zones de pâturage plus vulnérables, déplacement des points d'eau, plus grande manipulation des bêtes...

Cette situation est très dure à vivre pour les éleveurs.

 

Du fait de son climat méditerrannéen, du recouvrement forestier important, du mode de production des agneaux, dit tardons, et des sytèmes d'élevage extensifs, le département des Alpes Maritimes cummule tous les facteurs de vulnérabilité.

Les troupeaux sont exposés quasiment toute l'année au prédateur. Les parcours d'intersaison souvent embroussaillés facilitent l'approche du loup. La présence des agneaux dans les troupeaux 6 à 7 mois de l'année, ainsi que la faible quantité de ressource fourragère en intersaison, contribuent à l'étalement des troupeaux au pâturage, rendant leur surveillance plus difficile dans un contexte de prédation.

 


Réflexion des éleveurs bergers de l'APPAM et du GEIQ Pastoralisme face à la problématique du loup


Pour l’éleveur, la relation avec ses animaux est primordiale, elle contribue à leur bien-être. Il les assiste au début de leur vie dans des périodes déterminantes comme la mise bas, les conduit au pâturage en essayant de valoriser la ressource fourragère.

La prédation intervient comme un agent destructeur de cet équilibre que l’éleveur-berger met en œuvre, en quelques minutes et de façon répétée. Tout l’investissement humain, l’amour de son métier est mis à mal.

Les réponses face à cela sont inadaptées, plus de travail, de l’argent pour rembourser des animaux, des primes de stress pour le troupeau comme si on pouvait monnayer les émotions ! Un mal être de la profession vis-à-vis de ces mesures dont les contre-parties sont parfois troublantes. Comme ces contrôles qu’on vous impose pour justifier des dommages reçus lors des agressions, des nouveautés aussi comme les quotas de prélèvement : une avancée ou un miroir aux alouettes ? Peut-être une façon de calmer les esprits avec obligation de résultat comme si souvent il nous est demandé.

Il faut avouer que l’on vit dans un monde paradoxal : les moyens de communication ont évolué mais l’homme est de plus en plus individualisé. Ce n’est pas innocent, isolé on est moins fort.

Le loup en cela nous est bien supérieur, son organisation sociale est le garant de sa survie. N’est-ce pas de cela que nous éleveurs, devrions nous inspirer? Déjà des associations existent pour défendre nos intérêts. Une coordination est primordiale pour la survie de notre métier passion.

La géographie de notre département, l’éloignement des pâturages et l’étendue des exploitations font que l’éleveur se sent souvent démuni et résigné, en colère aussi. Cette colère que les médias aiment tant montrer. Cette destruction de notre travail que nous, éleveurs, vivons au quotidien est intolérable. Le temps passe…..rien ne se passe !

 

Plus d'informations sur la mise en place des moyens de protection :

 

- Site de l'Etat consacré au loup :

Le loup en France, dans un contexte français d'une activité importante et traditionnel d'élevage

 

- Livre :

"Protection des troupeaux contre la prédation" - 2013

Auteurs : CERPAM - OIER-SUAMME - ADEM - DDT(M) - IDELE

Edition CERPAM - Cardère